Avenir incertain de nos concitoyens Marocains

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Plan de rapatriement – sine die - devra obéir à des règles sanitaires strictes. Patience !

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epuis mi-mars, 27.850 personnes sont éloignées de leurs proches à cause de la pandémie COVID-19. Les plus chanceux sont soit logés par leurs propres moyens dans des hôtels de fortune ou bien chez leurs proches mais jusqu’à quand vont-il tenir le coup, et qu’en est-il des autres ? Ils se couvrent de nuages et dorment sous les étoiles.

Aux finances personnelles qui se raréfient au fil des jours, s’ajoutent les effets psychologiques de l’isolement décuplés avec  le confinement devenu obligatoire dans tous les pays touchés par la pandémie. Il est intéressant de souligner que bon nombre des personnes bloqués espéraient regagner leur pays avant le mois de Ramadan. Encore un facteur de stress qui les expose à plus de vulnérabilité à la dépression, le désespoir et la colère. Que se passe t-il entre temps ? Rien ! La durée de l’isolement augmente !

Situation insolite : appel à action

Certaines des mesures de l’Etat Marocain ont été critiquées du fait d’une relative « paresse politique » à l’égard du rapatriement des concitoyens. En fait, tout indique que c’est plutôt une ligne de conduite de l’Etat qu’une incompétence de ses organes des affaires étrangères. Nasser BOURITA, ministre des Affaires étrangères et de la Coopération, s’y prononce mais fort subtilement avec une délicatesse qui galvanise. Il annonce : « J’espère que ce sera lancé très prochainement. Ce qui compte n’est pas le timing » en dévoilant les principes d’une éventuelle évacuation. Il affirme aussi que « Le Marocain a le droit de rentrer dans son pays. C’est sans discussion ! » pour rappeler que le retour est imminent et sans appel.

Il est évident qu’un plan est échafaudé à tous égards. Il a même été dévoilé en résumé : le rapatriement s’effectuera successivement,  dans la rigueur, sans impacter les moyens limités et sans conséquences sur la situation sanitaire.

Malgré la bonne volonté et la prêche de bonne parole des autorités compétentes, tous les touristes Marocains sont bel et bien « interdits du sol Marocain », sans argent, et  en colère. La solution à même de changer la polarité est de passer à des actions concrètes et palpables d’autant que jusqu’à maintenant le COVID-19 a fait des morts auprès de certains concitoyens décédés du fait de la contamination ; un faible bilan qui pouvait être évité si des vols de rapatriement étaient organisés même à petite échelle et les contaminés mis en quarantaine, et ce pareillement aux pays du monde qui ont planifiés plus de 500 vols pour récupérer tous leurs ressortissant du Maroc !!!

Vous avez dit : dotation touristique exceptionnelle ?

Annoncée par l’Office des changes, une dotation exceptionnelle de 20.000 dirhams a été validée afin d’aider les Marocains aux antipodes. Une bouffée d’oxygène qui prend effet le 16 Avril mais pas sans barrières à l’entrée et contraintes indépendantes de cette dernières ? Explications.

Dans le fonds, elle va aider bien des personnes. Or, nous savons bien que les séjours à l’étranger sont coûteux et courts : de sept à 10 jours en moyenne. Les Marocains préfèrent les voyages organisés et dépensent entre 4000 DH à 5000 DH par personne (haute saison) d’où l’intérêt économique de ce choix. ces données en 2016 d’une étude sur la dépense des touristes marocains à l’étranger, permettent de situer combien le budget – consacré aux voyages à l’étranger- est maigre.

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A travers ce portrait du voyageur, nous déduisons une chose essentielle, c’est que le Marocain ne dépense pas beaucoup car il fait ses calculs par la contrainte de sa condition socio-économique. En effet, la dotation supplémentaire permettrait de résister quelques mois dans des pays comme le Chili, en Vietnam voire en Egypte avec une bonne gestion des finances personnelles mais pas au Canada ou aux Etats-Unis ou vous mettrez à plat rapidement votre bourse ! L’Espagne et la France ne font pas l’exception puisque un nombre important de citoyens y accède chaque année. En octroyant la dotation n’a-t-on pas envisagé une subvention ? Il faut ouvrir, toutefois une grande parenthèse : l’Etat peut-il lever des fonds importants ? Et s’élevant à combien?

Notre déduction découle d’une réalité amère : les touristes ne disposent pas nécessairement d’assez d’argent au Maroc pour recharger leur dotation ? Leurs familles ont en encore moins dans ces conditions inquiétantes, (dont des pères rémunérés à moitié, des mères en arrêt provisoire du travail, des jeunes en télétravail avec la poire coupée en deux…), où la rétention de l’argent est de rigueur et la dépense est réservée exclusivement à la nourriture. Le paradoxe qu’on observe est que tantôt l’Office lâche du lest et autorise une dispense, tantôt les puits des personnes bloquées sont asséchés…..sans moyen de les approvisionner !!

Services consulaires et citoyens : je t’aime….moi non plus !

Certes, les services consulaires n’ont pas lésiné sur les moyens, aussi parcimonieux soient-ils, pour soulager nos concitoyens. Les fonds levés auprès de tous les consulats, pour soutenir les Marocains en détresse, s’élève à un million de dirhams.

Pour mémoire, « plus de 4000 personnes ont bénéficié de frais d’hébergement avec un « pourboire » de 50 Euros par Mois » déplore un Marocain bloqué de l’autre côté de la méditerranée.  Et encore, seuls les plus défavorisés ont droit à la modeste pension et selon le pays et son niveau de vie.

Entre végéter et maintenir sa survie, la frontière est fine ; ce sont ainsi les seuls choix dont ils sont autorisés devant un effort d’écoute et d’appel à la patience que transmettent les ambassades marocaines depuis le début de la pandémie. Les 50.000 communications reçues par les centres d’appels du ministère des affaires étrangères résument la gravité de la situation : une population qui essaye de trouver refuge dans un semblant de réconfort le temps que les choses reprennent leur cours normal. Gardons en mémoire, par ailleurs, que les frais des obsèques des démunis sont pris en charge pour tous nos ressortissants en attente de coordonner le rapatriement des corps suivant les formalités spécifiques à chaque pays dans ce contexte inédit.

Pour quand le rapatriement ?

Il est à rappeler que les revenus du Maroc sont gelés : baisse des exportations, recul drastique des transferts des MRE et des investissements directs étrangers, la plupart des entreprises sont en arrêt…qu’est ce qu’il y a encore que nous n’avons pas subi ?! D’un autre côté, le Fonds Spécial Covid-19 a drainé plus de 3,5 milliards de dollars américains ; ce qui a bénéficié à 5 millions de ménages. Une seule certitude subsiste et sur laquelle tous les économistes sont d’accord : tout le monde ne peut pas être servi ; encore plus car la priorité des priorités est à l’intérieur du pays. Et encore !

De son côté le chef du gouvernement en ce début de mois a annoncé que : «dès l’ouverture des frontières, il sera procédé au rapatriement ». Autrement dit, cela signifie que la facture du rapatriement des 27.850 Marocains inscrits auprès des consulats du Royaume sera tellement salée que nous ne pourrons pas le faire dans l’immédiat, d’une part. D’autre part, le plan de rapatriement – sine die – devra obéir à des règles sanitaires strictes. Patience !

                                                                                                 Faycal MOURCHAD